Sud-Kivu : la crise humanitaire fragilise davantage les droits des femmes.

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A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée le 8 mars, plusieurs organisations et acteurs communautaires alertent sur la dégradation des conditions de vie des femmes dans la province du Sud-Kivu. Entre déplacements forcés, violences sexuelles et difficultés d’accès aux soins et à la nourriture, les femmes demeurent parmi les principales victimes de la crise humanitaire liée aux conflits armés dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans plusieurs territoires, dont Kalehe, Kabare et Walungu, l’insécurité croissante pousse de nombreuses femmes à fuir leurs villages pour échapper aux affrontements.

Ces déplacements forcés les exposent souvent à de nouvelles formes de vulnérabilité. Dans les zones considérées comme plus sûres, plusieurs femmes déplacées deviennent victimes de violences sexuelles et basées sur le genre, tout en ayant un accès très limité aux soins médicaux et à l’alimentation.

Ces organisations indiquent que les crises humanitaires et économiques affectent fortement le respect des droits des femmes dans la région. Dans plusieurs zones en conflit, les victimes de violences sexuelles peinent à bénéficier d’une prise en charge adéquate.

Mme Joëlla Sambo, ancienne présidente du Conseil provincial de la jeunesse du Sud-Kivu, appelle les organisations humanitaires à renforcer les mécanismes de protection des femmes et des filles. Elle insiste notamment sur la nécessité de garantir un accompagnement holistique aux survivantes de violences.

« Il s’agit d’un accompagnement médical, juridique, psychosocial mais aussi économique. Malheureusement, aujourd’hui plusieurs organisations manquent de moyens et certaines interventions sont à l’arrêt », explique-t-elle.

Selon elle, la réduction des financements humanitaires complique davantage la réponse aux besoins des femmes victimes de violences. Dans certaines zones, les kits d’urgence destinés à la prise en charge des survivantes sont déjà épuisés, tandis que l’accès humanitaire reste difficile à cause de l’insécurité.

Dans le territoire de Kabare, Mme Espérance Murandikire, secrétaire de l’association Mama Tonde Tonde, rappelle que les femmes subissent de lourdes conséquences pendant les conflits.

Beaucoup d’entre elles perdent leurs maris ou leurs fils dans les affrontements et doivent assumer seules la responsabilité de leurs familles. Les déplacements successifs entraînent également l’interruption des activités agricoles, augmentant ainsi les risques de malnutrition pour les enfants.

« Quand nous fuyons d’un village à l’autre, nous manquons de tout. Les femmes enceintes n’ont pas de matériel adapté et nos activités sont paralysées. Ce sont encore nos enfants qui en paient les conséquences », témoigne-t-elle.

Malgré ces défis, plusieurs femmes continuent de plaider pour la paix et le respect de leurs droits. A ce 8 mars, des femmes déplacées et retournées appellent les parties en conflit à privilégier le dialogue et à mettre fin aux hostilités afin de favoriser le retour de la paix et la protection des populations civiles.

Pour les acteurs communautaires, la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes reste essentielle dans la construction d’une paix durable. Ils estiment que reconnaître les droits des femmes et renforcer leur autonomisation constitue une étape clé pour la reconstruction des communautés affectées par la guerre.

Article produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali ». Un projet du consortium RATECO, REMEL avec le soutien de Media4Dialogue de LaBenévolencia.

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