Uvira : l’ouverture de la frontière de Gatumba ravive l’espoir, mais les retournés attendent une assistance urgente.

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La réouverture de la frontière de Gatumba entre la République démocratique du Congo et le Burundi suscite un vent d’optimisme dans la ville et le territoire d’Uvira au Sud-Kivu. Après des mois de tensions et de restrictions, les mouvements de va-et-vient ont repris, redonnant souffle aux échanges sociaux et économiques entre les deux pays.
Cependant, derrière cette réjouissance, la question cruciale de la protection et de l’assistance aux retournés demeure entière.

Un retour « libre », mais inégal pour certains acteurs de la societe civile locale. Emmanuel Abedi, coordinateur urbain du mouvement Machozi ya Raiya, salue l’accalmie observée à la frontière :
« Je peux dire en un mot que le retour est tellement libre. Ceux qui s’étaient réfugiés dans la capitale, à Bujumbura, dans des familles d’accueil, retournent sans problème. Aujourd’hui, il n’y a pas de tracasseries ni de paiement à la frontière . Même sans document, les agents comprennent que certains les ont perdus ou qu’ils sont expirés. J’apprécie beaucoup cette attitude des autorités congolaises et burundaises. »

Il nuance toutefois cette satisfaction : « Ceux qui sont à plus de 200 km de Bujumbura n’ont pas encore de suite favorable. On remarque aussi des réfugiés congolais qui s’évadent des camps pour retourner à Uvira. » Si la fluidité à la frontière est saluée, l’absence d’un mécanisme structuré d’accompagnement préoccupe les acteurs locaux. « En ce qui concerne l’assistance aux retournés, jusque-là ,rien n’est fait  à part  des promesses », déplore-t-il.

À Kiliba, où plusieurs retournés passent par la frontière de Kavimvira, la réalité est plus dure. Samuel Kininga, l’un des retournés, témoigne : « Depuis mardi, nous sommes arrivés à Kiliba. Nous avons trouvé nos maisons dans de mauvaises conditions après plusieurs jours d’absence . Certaines sont détruites, les biens volés, la nourriture que nous avions laissée a été  emportée par des personnes de mauvaise foi. Les fenêtres et les portes ont  également été emportées. Nous mettons des rideaux et nous manquons à manger. »

Les femmes enceintes, les enfants abandonnés, les personnes âgées et les victimes de violences durant l’exil ou le trajet de retour figurent parmi les plus exposés. Pour ces catégories, l’absence de prise en charge rapide pourrait aggraver leur vulnérabilité sanitaire et psychologique. Face à cette situation, la société civile de Kiliba-Kagando tire la sonnette d’alarme.

Mathias Kinimbi, coordonnateur de cette structure, lance un appel : « Quand ils sont rentrés, ils ont rencontré le chaos. Des maisons détruites et des biens pillés. Nous demandons aux autorités locales d’évaluer la situation et d’aider rapidement ces Congolais retournés. »

Les organisations locales plaident pour : Une évaluation rapide multisectorielle ; la mise en place de mécanismes de signalement pour les cas de violences et d’abus ; une assistance prioritaire aux personnes vulnérables ; la reconstruction des habitations endommagées.

Du côté des autorités, des mesures préliminaires sont annoncées. Mukambilwa Kishota Papy, chef de bureau urbain de la protection civile d’Uvira, explique : « Les retournés sont faibles économiquement, leurs biens ont été consommés pendant le refuge. Psychologiquement, cela a touché leur mental car ils ont été forcés à fuir. Sous la supervision du maire, nous avons entamé l’enregistrement et l’identification des retournés. Une réunion des partenaires humanitaires sera convoquée pour organiser l’assistance, notamment dans la reconstruction des maisons détruites, l’assistance médicale et la distribution des vivres et non-vivres. »

Cette étape d’identification pourrait constituer un premier levier vers une réponse coordonnée impliquant les autorités locales, les ONG et les agences humanitaires.
Entre espoir et urgence
Si l’ouverture de la frontière de Gatumba marque une avancée significative dans le rapprochement entre les communautés d’Uvira et du Burundi, la situation des retournés rappelle que la fin des restrictions frontalières ne signifie pas la fin des vulnérabilités.

Pour de nombreuses familles, le retour s’apparente à un nouveau départ dans des conditions précaires. L’enjeu désormais est clair : transformer cette dynamique positive en une réponse humanitaire concrète, inclusive et durable, afin de protéger les plus fragiles et restaurer la dignité des populations affectées.

Article rédigé dans le cadre de la campagne HABARI ZA MAHALI, exécutée par le consortium UNPC-UFMP-COMEL avec l’appui financier de Labenevolenciya.

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