À l’ouverture de la Semaine mondiale d’action pour un traité mondial fort et juridiquement contraignant sur les plastiques (22–25 juillet 2025), organisée sous l’égide du réseau international Break Free From Plastic , dont SOPRODE est un membre principal actif, la République Démocratique du Congo (RDC) se trouve à un tournant crucial de son engagement environnemental.
Dans ce cadre, SOPRODE Asbl appelle à une action nationale urgente pour soutenir un traité international juridiquement contraignant, visant à éradiquer la pollution plastique à la source.
Un moment historique pour agir
Du 4 au 15 août 2025 se tiendra à Genève la deuxième partie de la cinquième session du Comité intergouvernemental de négociation (CIN-5.2), consacrée à l’élaboration du traité mondial sur les plastiques. Il s’agit probablement de la dernière chance pour les États de s’entendre sur un texte ambitieux.
La RDC, bien qu’extrêmement vulnérable face aux impacts des déchets plastiques, tarde encore à afficher une position claire et audacieuse.
Une crise silencieuse mais destructrice
Des quartiers de Kinshasa aux rives du lac Kivu, la pollution plastique s’impose partout : déchets dans les rues, caniveaux obstrués, cours d’eau contaminés, biodiversité étouffée.
Le lac Kivu, joyau écologique régional, est aujourd’hui gravement menacé. Chaque jour, des tonnes de plastiques y sont déversées, perturbant les écosystèmes, menaçant les ressources halieutiques et compromettant la santé des populations riveraines.
Même la centrale hydroélectrique de Ruzizi, vitale pour l’approvisionnement en électricité à l’Est du pays, est perturbée par l’encombrement de ses conduites par les plastiques flottants.
Plus insidieux encore : la décomposition des plastiques en microplastiques, qui s’infiltrent dans la chaîne alimentaire. Leurs effets sont dévastateurs : maladies hydriques, perturbations endocriniennes, cancers liés aux produits chimiques présents dans ces déchets.
Une opportunité unique : le traité mondial sur les plastiques
Le traité actuellement en négociation représente une opportunité historique pour mettre un terme à la spirale infernale de la pollution plastique. Son objectif, en finir avec cette pollution d’ici 2040, ne pourra être atteint que si les États adoptent une approche réellement ambitieuse, équitable et juridiquement contraignante.
SOPRODE Asbl appelle les autorités congolaises à faire preuve de cohérence et de courage politique. Nous exigeons que la délégation congolaise participant à la CIN-5.2 défende un traité centré sur la justice environnementale, les droits humains, la santé publique et la responsabilité des producteurs.
Car il ne s’agit pas seulement de “gérer les déchets” : le problème est systémique. Le traité doit s’attaquer aux causes profondes de la crise plastique.
En tant qu’acteur de terrain et membre principal du réseau Break Free From Plastic, SOPRODE appelle la délégation congolaise à défendre six priorités fondamentales à la CIN‑5.2 :
1. Réduction à la source de la production plastique, avec des objectifs mondiaux contraignants.
Il ne suffit plus de recycler : il faut freiner la production, notamment des plastiques à usage unique et des plastiques issus des énergies fossiles.
2. Interdiction des produits chimiques dangereux dans les plastiques.
Protéger la santé publique en bannissant les additifs toxiques.
3. Transparence sur tout le cycle de vie des plastiques.
Pas de données, pas de marché : chaque entreprise doit rendre des comptes.
4. Un cadre légal contraignant pour tous les États.
Éviter les approches volontaires inefficaces : il faut des obligations universelles.
5. Un financement multilatéral équitable, accessible aux pays du Sud.
Un fonds international basé sur le principe du pollueur-payeur pour soutenir la transition.
6. La protection des droits humains et de l’environnement, incluant :
– l’interdiction des exportations de déchets toxiques,
– la reconnaissance des droits des peuples autochtones et des travailleurs informels,
– l’accès à la justice pour les communautés affectées.
Une responsabilité historique pour la RDC
Souvent qualifiée de “pays-solution” pour le climat grâce à ses forêts, ses tourbières et sa biodiversité, la RDC ne peut prétendre à ce titre si elle ne prend pas des décisions cohérentes avec ses engagements internationaux.
En octobre 2024, l’annulation des appels d’offres pour 27 blocs pétroliers avait été saluée comme un geste fort. Mais en mai 2025, l’annonce de 52 nouveaux blocs pétroliers dans la Cuvette Centrale a provoqué la consternation.
Cette décision contredit les engagements climatiques de la RDC, mais aussi les négociations sur les plastiques. Car 80 % des plastiques sont issus du pétrole et du gaz. Tant que l’on continuera d’exploiter les ressources fossiles, la pollution plastique ne fera qu’empirer.
Il est impératif que la RDC renonce à ces projets destructeurs et investisse dans des solutions sobres en carbone, durables et justes.
Les Congolais réclament des politiques cohérentes et protectrices
Durant cette Semaine mondiale d’action, SOPRODE Asbl, en collaboration avec ses partenaires, collectifs de jeunes, associations féminines et mouvements communautaires, mènera des actions de sensibilisation, de plaidoyer, ainsi que des Toxic Tours, c’est-à-dire des visites guidées de zones polluées, organisées pour alerter le public et les décideurs sur les impacts réels de la pollution plastique.
L’objectif : exhorter la délégation congolaise à défendre une position forte, ambitieuse, alignée sur l’intérêt des populations.
Ce n’est pas seulement une question environnementale. C’est aussi une question de santé publique, de justice sociale, de droits humains et de souveraineté nationale.
La RDC doit parler d’une seule voix à Genève :
celle des communautés qui souffrent, des jeunes qui espèrent, des mères qui protègent, des scientifiques qui alertent, et des citoyens qui veulent un avenir vivable.
Recommandations urgentes
Nous appelons le gouvernement congolais à :
• Appuyer activement un traité mondial juridiquement contraignant, centré sur la réduction à la source et la justice environnementale ;
• S’opposer à toute tentative d’affaiblissement du texte par les lobbys industriels ;
• Mettre en œuvre des politiques nationales strictes contre les plastiques à usage unique, en appliquant pleinement le décret n°17/018 ;
• Soutenir l’économie circulaire, sans l’utiliser comme prétexte pour maintenir la production ;
• Associer les communautés locales aux décisions liées à la pollution plastique ;
• Annuler les appels d’offres pour les nouveaux blocs pétroliers, y compris dans la Cuvette Centrale.
Conclusion : il est temps de choisir
Nous sommes à la croisée des chemins. Soit nous continuons à nourrir un système destructeur basé sur les énergies fossiles et la surproduction de plastique. Soit nous engageons la RDC dans une transition écologique juste, inclusive et durable.
Le traité mondial sur les plastiques est une opportunité unique. La RDC ne doit pas la rater.
SOPRODE Asbl appelle notre gouvernement à se montrer à la hauteur de ses responsabilités.
Le monde nous regarde. Et l’avenir nous jugera.
À propos de SOPRODE Asbl
SOPRODE Asbl est une organisation congolaise de la société civile engagée pour la justice environnementale, la protection de l’enfance, le développement durable et une transition écologique inclusive. En travaillant avec les communautés locales, SOPRODE Asbl promeut des alternatives durables, mène un plaidoyer structuré et œuvre pour une société plus équitable et respectueuse de l’environnement.

