Uvira :la propagation accélérée des messages de haine: un danger à la cohésion sociale

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Uvira, RDC – Depuis les troubles sécuritaires survenus en février 2025, la ville d’Uvira, promue chef-lieu provisoire des institutions provinciales du Sud-Kivu, fait face à une montée inquiétante de messages incitant à la haine tribale. Ce phénomène, en constante progression, sème l’inquiétude parmi la population locale déjà fragilisée par des tensions persistantes.

Au fil des mois, les réseaux sociaux, applications de messagerie et autres canaux numériques sont devenus des vecteurs de diffusion de propos violents et discriminatoires. Le pic a été atteint en juillet dernier, lorsque des messages ciblant certaines communautés, notamment les Banyamulenge, ont circulé avec une rapidité alarmante. Ces messages appelaient ouvertement au départ de ces populations de certains quartiers de la ville, sous prétexte de “rétablir les droits des communautés autochtones”. Ils menaçaient également de confiscation de biens et de maisons appartenant aux membres visés.

“Ces messages sont clairs, ils appellent à la haine, à l’exclusion, voire à des actes de violence”, déplore un habitant du quartier Namianda, préférant garder l’anonymat. “Nous avons peur que cela dégénère. L’histoire nous a appris que les mots peuvent tuer.”

Les autorités locales se veulent rassurantes mais peinent à contenir la situation. Jusqu’ici, aucun  d’auteurs identifiés de ces messages ont été poursuivis, ce qui renforce le sentiment d’impunité. Certains leaders communautaires et défenseurs des droits humains tirent la sonnette d’alarme.

Nous appelons les autorités à agir fermement. Il ne faut pas attendre que ces discours se traduisent en actes pour réagir, averti un membre d’une organisation locale de la société civile.

Les tensions intercommunautaires à Uvira ne sont pas nouvelles, mais leur amplification à travers les outils numériques rend la menace plus diffuse et difficile à anticiper. Des efforts sont pourtant en cours pour sensibiliser la population à la cohabitation pacifique, mais ils peinent à étouffer la propagation rapide des discours haineux en ligne.

Alors que l’instabilité politique et sécuritaire persiste dans la province, de nombreux habitants d’Uvira craignent que cette escalade verbale ne conduise à de nouveaux épisodes de violence. “Nous voulons la paix“, répètent plusieurs d’entre eux. “Mais la paix ne peut exister sans justice et sans respect de toutes les communautés.

La même situation s’observe sur les membres de la communauté Bashi, depuis la prise de la ville de Bukavu par les rebelles du M23, une vague inquiétante de messages de haine et de violences ciblées touche les membres de cette communauté réfugiés dans la ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Ces déplacés, ayant fui les combats pour trouver refuge dans cette ville, se retrouvent aujourd’hui stigmatisés, accusés à tort de complicité avec les forces rebelles.

L’arrivée massive des déplacés de Bukavu à Uvira, en majorité issus de la communauté Bashi, a été suivie par une propagation rapide de discours haineux sur les réseaux sociaux, dans certains milieux politiques et communautaires. Ces messages, souvent fondés sur des rumeurs, présentent les Bashi comme des “traîtres” ou des “alliés cachés du M23”.

Outre les propos discriminatoires, plusieurs cas d’agressions physiques, et même de violences ont été signalés. Des leaders communautaires tirent la sonnette d’alarme. « C’est dangereux de généraliser et de pointer un groupe entier du doigt à cause d’une situation politique complexe. Ces déplacés sont des victimes, pas des ennemis », déclare un responsable de la société civile à Uvira.

Les organisations de défense des droits humains et plusieurs acteurs politiques appellent à une réaction rapide des autorités locales et nationales. Des campagnes de sensibilisation contre les discours de haine, la mise en place de mécanismes de protection des déplacés, et une justice efficace pour les victimes sont réclamées de toute urgence.

Le gouvernement provincial, pour sa part, a condamné les actes de ce genre, mais peu d’actions concrètes ont encore été entreprises sur le terrain.  Alors que la situation dans l’est de la RDC reste tendue, la stigmatisation de communautés entières risque d’alimenter davantage les divisions ethniques et d’envenimer une crise déjà très complexe. Protéger les victimes et restaurer la cohésion sociale à Uvira est aujourd’hui un impératif.

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