Kiliba, plaine de la Ruzizi Dans la cité de Kiliba, située dans la plaine de la Ruzizi, l’accès aux soins de santé reste difficile pour plusieurs familles à faibles revenus. Les frais de consultation, l’achat des médicaments et la réalisation des examens médicaux constituent une charge financière que certains ménages ne parviennent pas à assumer. Face à cette situation, des patients sont contraints de retarder leur prise en charge, de rester à domicile ou de recourir à l’endettement pour se faire soigner.
Pour les ménages les plus vulnérables, la maladie vient ainsi aggraver une situation économique déjà précaire. Lorsque les ressources disponibles ne permettent pas de couvrir immédiatement les dépenses médicales, certains doivent d’abord solliciter l’aide de leur entourage avant de pouvoir consulter ou acheter les médicaments prescrits.
Merveille Rukezo, cheffe de ménage à Kiliba, témoigne de cette réalité vécue par plusieurs familles.
« Quelquefois, vous tombez malade et, par manque d’argent, vous restez à la maison. Une fois que vous partez à l’hôpital, on vous donne une ordonnance médicale, mais vous n’avez même pas les moyens d’acheter une plaquette de médicaments. C’est pour cela que nous arrivons à emprunter de l’argent auprès des voisins ou d’autres personnes, ce qui nous endette davantage alors que nous n’avons pas de revenus pour rembourser cette dette. »
Le recours à l’emprunt apparaît ainsi comme l’une des principales stratégies adoptées par les ménages confrontés à des dépenses médicales qu’ils ne peuvent pas supporter immédiatement. Cette pratique permet, dans certains cas, d’obtenir les soins nécessaires, mais elle expose également les familles à un endettement supplémentaire, alors même que leurs revenus restent insuffisants.Pour Fatayo Mauno Kakeke, père de famille à faibles revenus, les difficultés financières peuvent également conduire les patients à négocier directement leur prise en charge avec les prestataires de soins. L’objectif est de recevoir les soins malgré l’absence de moyens immédiats, avant de chercher de l’argent auprès de proches ou de voisins.
Cette situation illustre les difficultés auxquelles sont confrontés les ménages dont les revenus ne permettent pas de répondre aux dépenses de santé imprévues. Pour ce père de famille, une attention particulière devrait être accordée aux personnes les plus démunies.Il appelle ainsi les autorités et les organisations humanitaires à renforcer les mécanismes de soutien destinés aux familles vulnérables, afin que l’absence de ressources financières ne les prive pas de soins essentiels.
Les conséquences de ces difficultés financières ne concernent pas uniquement les patients. Les structures sanitaires sont elles aussi confrontées aux problèmes liés au non-paiement des frais de soins.
Sosthène Jérémy, infirmier titulaire au Centre médical Tanganyika, souligne que les impayés constituent l’un des principaux défis auxquels son établissement doit faire face.
« Le plus grand défi que nous avons, c’est le non-paiement des frais de soins. Lorsque les gens ne savent plus payer leurs factures de soins, ils restent à l’hôpital et, après un certain temps, ils peuvent refaire un autre épisode de maladie. » Les témoignages recueillis à Kiliba mettent en évidence le lien étroit entre vulnérabilité économique et accès aux soins. Pour plusieurs familles à faibles revenus, se faire soigner dépend de leur capacité à mobiliser rapidement de l’argent, que ce soit auprès de proches, de voisins ou par d’autres formes d’emprunt.
Cette situation fait de la maladie non seulement un problème sanitaire, mais également une source supplémentaire de fragilisation économique pour des ménages déjà confrontés à des ressources limitées. Le recours répété à l’endettement peut, à son tour, réduire leur capacité à répondre à d’autres besoins essentiels. L’amélioration de l’accès aux soins à Kiliba passe dès lors par le renforcement des mécanismes de protection et de soutien en faveur des ménages les plus vulnérables. Un accompagnement adapté des familles en difficulté, ainsi que des dispositifs permettant de réduire la barrière financière aux soins, pourraient contribuer à éviter que le manque d’argent ne contraigne les patients à retarder leur prise en charge ou à s’endetter davantage.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par la Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.

