À Uvira, dans la province du Sud-Kivu, l’accès et le maintien à l’école restent difficiles pour de nombreux enfants issus de ménages vulnérables. Les familles déplacées et celles disposant de faibles revenus sont particulièrement exposées aux obstacles liés aux frais scolaires, au manque de fournitures et à l’insécurité qui affecte le quotidien des élèves.
À Kiliba, plusieurs parents témoignent de leurs difficultés à assurer la scolarité de leurs enfants. L’insécurité constitue l’une de leurs principales préoccupations. La peur d’une éventuelle perturbation sécuritaire pousse certains enfants à hésiter, voire à renoncer à se rendre à l’école. À cela s’ajoutent les difficultés financières. Pour des familles qui vivent essentiellement de l’agriculture et disposent de revenus limités, payer régulièrement les frais scolaires et acheter les fournitures nécessaires représente une lourde charge.
« Nous demandons au Gouvernement congolais d’appliquer également la gratuité de l’enseignement au niveau secondaire. Compte tenu de notre pauvreté, nous ne sommes pas en mesure de payer les frais scolaires de nos enfants », plaide un parent. Il appelle également les responsables scolaires à faire preuve de patience et à privilégier le dialogue avec les familles avant toute décision d’exclusion ou de renvoi d’un élève pour non-paiement.
Pour M. CHANCE Félix, préfet de l’Institut de la Paix, les difficultés financières ont également des conséquences sur l’accompagnement psychosocial des enfants vulnérables. « Nous recevons des enfants qui demandent un accompagnement psychosocial. S’il y avait moyen, on pourrait leur venir en aide en payant leurs frais scolaires. Ces enfants sont presque abandonnés », explique-t-il. Selon lui, les absences répétées entraînent des retards dans l’apprentissage, des difficultés d’adaptation et peuvent exposer les enfants à des comportements à risque.
Le responsable scolaire préconise ainsi un suivi individualisé des élèves en difficulté. Plutôt que de les refouler systématiquement, les écoles devraient dialoguer avec les parents ou tuteurs afin de comprendre les situations familiales et rechercher des solutions adaptées. L’encadrement psychosocial apparaît également essentiel pour aider les enfants confrontés à des situations particulièrement difficiles.
De son côté, le sous-proved Washikala Malumbi Pascal souligne que la gratuité de l’enseignement primaire a déjà facilité l’accès à l’école pour de nombreux enfants. Il estime toutefois que des efforts supplémentaires sont nécessaires au secondaire, notamment en faveur des enfants les plus vulnérables. Il appelle à renforcer le plaidoyer auprès du ministère des Affaires sociales afin de mobiliser des mécanismes d’aide en leur faveur.
Au-delà de la prise en charge des frais scolaires, la scolarisation durable nécessite également des infrastructures scolaires adaptées, des enseignants qualifiés et correctement rémunérés, ainsi qu’un environnement sécurisé et favorable à l’apprentissage. Pour ces acteurs, garantir la continuité du parcours scolaire, de la maternelle à l’université, constitue un investissement essentiel pour l’avenir des enfants et de leurs communautés.
À Uvira, l’enjeu dépasse donc la simple présence des enfants dans les salles de classe : il s’agit de leur permettre d’y accéder, d’y rester et d’apprendre dans des conditions dignes et sécurisées, quelles que soient les difficultés économiques ou sociales de leurs familles.
Article réalisé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par Benevolencija et exécuté par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.

