Alors que les déchets plastiques s’amoncellent dans nos rues, nos rivières, nos marchés et nos champs, l’humanité fait face à l’un des plus grands défis environnementaux de notre temps : la pollution plastique.
Cette crise mondiale, qui affecte la santé humaine, la biodiversité et les économies locales, frappe de plein fouet la République Démocratique du Congo (RDC). De l’embouchure du fleuve Congo aux rives du lac Kivu, en passant par les quartiers densément peuplés de Goma, Bukavu, Kinshasa ou Kisangani, les plastiques à usage unique étouffent nos villes et nos écosystèmes.
Mais à l’horizon se dessine une opportunité historique.
Du 4 au 15 août 2025, les gouvernements du monde entier se réuniront à Genève pour la deuxième partie de la cinquième session du Comité intergouvernemental de négociation (CIN-5.2), dont l’objectif est d’adopter un traité international juridiquement contraignant sur la pollution plastique.
Dans ce contexte crucial, l’organisation congolaise SOPRODE Asbl, engagée de longue date dans la protection de l’environnement et la promotion de la justice sociale, se joint à la mobilisation mondiale orchestrée par le réseau international Break Free From Plastic, dont elle est membre afin d’exiger un traité ambitieux, équitable et centré sur la réduction de la production de plastique à la source.
Une mobilisation mondiale, un moment de vérité pour la RDC
Le contexte actuel place la RDC dans une position de responsabilité historique. En tant que signataire de la Déclaration de Nice, la RDC s’est engagée aux côtés de 96 autres États à soutenir un traité ambitieux couvrant l’ensemble du cycle de vie des plastiques, y compris la production, l’utilisation et la gestion des déchets. Cet engagement a été renforcé par l’inclusion de représentant de la société civile congolaise, au sein de la délégation officielle à la CIN-5.2. Un pas significatif vers une gouvernance environnementale plus inclusive, salué comme une victoire du plaidoyer citoyen.
Mais dans les faits, les défis restent considérables. Et les espoirs placés dans ce traité risquent d’être balayés si les engagements ne se traduisent pas en actes concrets.
Dix priorités pour un traité à la hauteur de l’urgence
SOPRODE Asbl appelle la délégation congolaise à Genève à défendre fermement dix priorités stratégiques, qui doivent impérativement guider la rédaction du futur traité :
1. Réduction de la production de plastique à la source
Objectifs juridiquement contraignants pour réduire puis éliminer progressivement la production mondiale de plastiques.
2. Élimination des substances toxiques : Interdiction des substances chimiques dangereuses à toutes les étapes du cycle de vie des plastiques.
3. Transparence et traçabilité : Normes mondiales obligatoires sur la traçabilité chimique, y compris des microplastiques.
4. Financement équitable : Mécanismes multilatéraux basés sur le principe du pollueur-payeur.
5. Transition juste : Accompagnement des ramasseurs de déchets, peuples autochtones et communautés vulnérables.
6. Non aux déchets exportés : Interdiction de l’exportation de déchets plastiques vers les pays du Sud.
7. Réemploi plutôt que recyclage : Priorité aux systèmes de recharge, de réutilisation et de circularité non toxiques.
8. Décision à la majorité qualifiée : Adoption des décisions à la majorité qualifiée en cas de blocage.
9. Droits humains au cœur du traité : Intégration explicite du droit à un environnement propre, sain et durable.
10. Pas d’interférences industrielles : Exclusion des industries pétrochimiques des négociations.
Deux lettres ouvertes pour un appel solennel
Dans le cadre de cette mobilisation, le 24 juillet 2025, SOPRODE Asbl a lancé un appel solennel aux autorités congolaises. Deux lettres ouvertes ont été transmises à :
- Monsieur Jean-Pierre Bope Lapwong, Point Focal de la RDC auprès du Comité Intergouvernemental de Négociation (CIN)
- Son Excellence Madame la Vice-Première Ministre, Ministre de l’Environnement et Développement Durable
Ces lettres, à forte portée politique, rappellent que l’avenir écologique et sanitaire de notre pays et du monde se joue maintenant.
Extrait de la lettre au Point Focal de la RDC
« Nous vous appelons à porter avec vigueur les dix priorités afin de garantir un traité mondial réellement à la hauteur des enjeux mondiaux de pollution plastique, de justice sociale et de santé environnementale. »
La lettre souligne la nécessité d’un engagement clair contre toute tentative de dilution du traité, appelant à défendre les intérêts du peuple congolais face aux pressions des industries polluantes.
Extrait de la lettre à la Vice-Première Ministre
« Comment peut-on, d’un côté, plaider pour un traité contre les plastiques, et de l’autre, ouvrir de nouveaux blocs pétroliers, sachant que 80% des plastiques sont issus du pétrole ? »
Ce message interpelle directement la cohérence des choix politiques récents de la RDC, notamment l’annonce en mai 2025 de nouveaux blocs pétroliers dans la Cuvette Centrale.
Un engagement à la hauteur des réalités locales
La pollution plastique n’est pas une abstraction : elle se vit au quotidien dans nos rues, nos écoles, nos marchés. Elle engorge les canalisations, tue la faune aquatique, intoxique les sols et alimente les maladies. Elle affecte de manière disproportionnée les plus pauvres.
Dans la région du Kivu, les plastiques étouffent les berges du lac Kivu, menaçant à la fois l’écosystème et la sécurité alimentaire. À Kinshasa, les inondations sont souvent aggravées par l’encombrement des systèmes de drainage par les plastiques. Il ne s’agit donc pas d’un combat idéologique, mais d’un impératif de santé publique, de développement durable et de dignité humaine.
La jeunesse en première ligne
SOPRODE Asbl, organisation œuvrant notamment pour les droits de l’enfant, insiste sur la nécessité d’agir pour et avec les jeunes générations.
Ce sont elles qui vivront les conséquences de l’inaction ou récolteront les fruits de décisions courageuses. « Nos enfants ont droit à un avenir sans plastique, à un air respirable, à une eau propre. Il est de notre devoir de leur garantir cela aujourd’hui », rappelle un responsable de l’organisation.
Vers une cohérence politique
Enfin, SOPRODE Asbl interpelle également les autorités nationales sur la nécessité de cohérence entre les engagements climatiques, environnementaux et les décisions économiques. Comment peut-on, d’un côté, plaider pour un traité contre les plastiques, et de l’autre, ouvrir de nouveaux blocs pétroliers, sachant que 80 % des plastiques sont issus de dérivés du pétrole ? L’avenir de la RDC ne peut être bâti sur des ressources fossiles destructrices, mais sur un modèle sobre, circulaire et juste, qui valorise les savoirs locaux, la résilience communautaire et la protection des écosystèmes.
En conclusion :
Genève, un rendez-vous avec l’Histoire
La CIN-5.2 à Genève sera plus qu’un sommet diplomatique. Ce sera un moment de vérité pour les nations. La RDC a la possibilité de faire entendre la voix des peuples du Sud, de défendre un traité équitable, ambitieux et ancré dans les droits humains.
La société civile congolaise, représentée notamment par SOPRODE Asbl, est prête à accompagner cet effort. Mais c’est maintenant que les choix doivent être faits. Parce qu’un avenir sans pollution plastique est possible. Et parce que le monde a besoin que la RDC montre la voie.
À propos de SOPRODE Asbl
Solidarité pour la Protection des Droits de l’Enfant (SOPRODE Asbl) est une organisation congolaise engagée pour la justice environnementale et sociale, la protection de l’enfance et une transition écologique inclusive. Elle agit à travers le plaidoyer, le renforcement des capacités et la promotion d’alternatives durables, en lien étroit avec les communautés locales.

