Dans la ville d’Uvira, deuxième agglomération de la province du Sud-Kivu et actuellement chef-lieu provisoire, la situation sécuritaire et judiciaire reste préoccupante. Alors que l’autorité de l’État y a été officiellement restaurée après une période de turbulences sécuritaires, les institutions judiciaires peinent toujours à reprendre leurs activités. Cette paralysie favorise une montée inquiétante des cas de violences basées sur le genre (VBG), selon plusieurs acteurs locaux.
Depuis près de trois mois tribunaux et parquets sont à l’arrêt. Une absence qui laisse un vide juridique lourd de conséquences pour les populations civiles, en particulier les femmes et les filles, premières victimes des violences sexuelles et domestiques.
Pour Chako-Changu Ebambe, défenseur judiciaire près le tribunal de grande instance d’Uvira, cette situation constitue une menace grave pour la stabilité sociale :
« À Uvira, il n’y a plus de juges ni de magistrats depuis presque deux ans et demi. Le parquet et le tribunal ne sont pas opérationnels. C’est la cause principale de nombreux actes inhumains, car les auteurs ne sont ni poursuivis ni sanctionnés », déplore-t-il.
L’absence de poursuites judiciaires contribue à instaurer un climat d’impunité. Les agresseurs circulent librement, aggravant le traumatisme des victimes. « Imaginez-vous la santé mentale d’une victime qui croise son bourreau dans la rue, sans qu’aucune justice ne soit rendue », ajoute Me Ebambe.
Face à cette réalité, la société civile tente de combler les lacunes, malgré des moyens limités. Godélive Lugambo, figure engagée dans la lutte contre les VBG, appelle à une mobilisation collective et à des mesures fortes au niveau national :
« Nous avons mené plusieurs plaidoyers pour réduire ces violences. Nous souhaitons l’adoption de lois contraignantes pour mieux protéger les victimes. Nous continuons à les accompagner, mais nos capacités restent insuffisantes », explique-t-elle.
Dans les zones périphériques comme le village de Katongo, les témoignages des survivantes traduisent une réalité encore plus dure. Une habitante, victime de VBG, souligne l’ampleur des inégalités persistantes :
« Autrefois, nous ignorions nos droits. La femme n’avait pas de valeur sociale, sa place se limitait à la cuisine. Nous n’avions ni accès à l’éducation ni au droit d’hériter. Aujourd’hui, nous demandons à être traitées à égalité avec les hommes », confie-t-elle.
Alors que l’Est de la République démocratique du Congo reste marqué par des tensions sécuritaires persistantes, l’absence de justice à Uvira illustre les défis structurels auxquels fait face l’État congolais et la population. Pour de nombreux observateurs, la relance effective des institutions judiciaires apparaît comme une condition essentielle pour restaurer la confiance des populations et lutter durablement contre les violences basées sur le genre.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.

