Sud-Kivu : sur les routes de l’examen, des finalistes entre peur, fatigue et traumatisme

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Uvira : Alors que les examens d’État hors session ont débuté ce lundi 4 mai sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo, de nombreux élèves finalistes affrontent bien plus que les épreuves académiques. Entre insécurité persistante, épuisement physique et détresse psychologique, ces jeunes candidats tentent de garder le cap dans un contexte marqué par les séquelles de crises humanitaires.

À Runingu, les élèves décrivent un quotidien éprouvant. Faute de moyens de transport, certains parcourent de longues distances à pied pour rejoindre leurs centres d’examen. « Nous arrivons déjà fatigués avant même de commencer les épreuves », confie un finaliste. À cette fatigue s’ajoute une peur constante : celle de croiser des hommes armés sur des routes jugées dangereuses, aussi bien à l’aller qu’au retour.

Au-delà des risques physiques, les élèves doivent composer avec un lourd fardeau psychologique. Selon Paul Fanaka Alfayo, président provincial de la FENECO/UNTC dans la province éducationnelle Sud-Kivu 2, les traumatismes liés aux déplacements forcés et aux violences vécues continuent de peser sur leur capacité de concentration. « La période passée en refuge au Burundi a profondément marqué ces enfants. Ils ne parviennent pas à étudier comme il le faudrait », explique-t-il.

Les catastrophes naturelles récentes aggravent la situation. Les inondations de la rivière Kalimabenge ont laissé plusieurs familles dans une extrême précarité, endeuillant certaines communautés et affectant durement le moral des élèves. « Beaucoup affichent une peur face aux examens, certains sont traumatisés et ont du mal à se concentrer », ajoute le syndicaliste.

Par ailleurs, l’absence prolongée de certains enseignants, encore en situation de refuge, compromet la qualité de l’encadrement scolaire. Malgré le déploiement d’enseignants de relève dans certaines écoles, plusieurs établissements restent insuffisamment pourvus, ce qui pourrait influencer négativement les résultats des candidats.

De son côté, Mafikiri Mashimango, coordonnateur de la Nouvelle Société Civile Congolaise axe Sud du Sud-Kivu, déplore un manque d’assistance humanitaire ciblée pour ces élèves. « Beaucoup révisent dans des conditions précaires, parfois sans éclairage. Ceux qui viennent de loin doivent se loger chez des proches quand ils en ont, les autres se débrouillent comme ils peuvent », souligne-t-il.

Face à ces défis multiples, la résilience des finalistes force l’admiration. Mais pour garantir des chances équitables à tous, monsieur Mafikiri Mashimango appelle à une réponse urgente des autorités et des organisations humanitaires, afin d’assurer la sécurité, le bien-être psychologique et de meilleures conditions d’apprentissage pour ces élèves en situation de grande vulnérabilité.

Article rédigé dans le cadre du projet Habari za Mahali, financé par la Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP

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