À l’approche de la saison des pluies, l’angoisse grandit au sein des communautés vivant dans les zones inondables de la ville d’Uvira .. Débordement des rivières et ravins, destruction des habitations et des biens, déplacement des familles et exposition des enfants et autres personnes vulnérables sont autant de menaces auxquelles les communautés doivent se préparer.
Dans plusieurs quartiers riverains, certains ménages tentent tant bien que mal de protéger leurs habitations et leurs biens. Toutefois, pour les familles les plus vulnérables, le manque de moyens financiers limite considérablement leur capacité à se préparer efficacement avant l’arrivée des fortes pluies.
Habitante d’une zone exposée aux inondations, Mwangaza Ephrasie témoigne de la crainte qui gagne les familles vivant à proximité de la rivière Kalimabenge.
« À ce moment, nous qui sommes à la rivière Kalimabenge, nous sommes en danger. Pendant la nuit, nous entendons la vibration de la rivière. On ne peut pas savoir quand elle va déborder, et quand cela arrive, c’est grave. Moi, je suis victime : pendant les inondations, nous fuyons avec les enfants sans biens ni habits. Après avoir perdu nos biens, nous recevons peu d’assistance. Actuellement, nous nous préparons au pire, car la rivière n’a toujours pas été curée », souligne-t-elle.»
Pour les habitants des zones à risque, l’une des actions prioritaires consiste à renforcer les travaux d’assainissement avant les fortes pluies. Le curage des rivières, ravins et caniveaux permettrait de faciliter l’écoulement des eaux et de réduire les risques de débordement.
Mais la prévention ne peut pas reposer uniquement sur les efforts individuels. Elle nécessite une mobilisation collective impliquant les habitants, les chefs de quartiers, les services techniques, les autorités locales ainsi que les organisations intervenant dans la prévention et la réponse aux catastrophes.
Dans le quartier Kimanga, certaines initiatives communautaires sont déjà mises en œuvre pour tenter de limiter les dégâts. Byamungu Mutanda Juma, chef du quartier, cite notamment les travaux réalisés au niveau du ravin Kabindula.
« Pour le ravin Kabindula qui déborde et cause des dégâts pendant la saison des pluies, la population s’est prise en charge en construisant des murs sur le ravin pour essayer de barrer la route au débordement. Ces murs permettent aux eaux de suivre une ligne jusqu’au lac Tanganyika sans se déverser dans les ménages », explique-t-il.»
Le chef de quartier insiste également sur l’importance du respect des consignes d’urbanisme et d’éloignement des cours d’eau. Selon lui, certaines familles continuent à construire dans des espaces fortement exposés, malgré les risques connus.
Au-delà des ouvrages physiques, l’anticipation constitue également un élément essentiel de la prévention. Les communautés souhaitent notamment disposer de mécanismes d’alerte capables de prévenir rapidement les habitants lorsqu’un risque d’inondation est détecté.
Une alerte précoce permettrait aux familles de mettre leurs enfants à l’abri, de déplacer certains biens et de rejoindre des zones sécurisées avant que les eaux n’atteignent les habitations.
Pour Ir Christiant Makindu, agent à la Coordination urbaine de l’Environnement, la prévention doit être l’affaire de tous. Son service travaille notamment sur l’alerte et la sensibilisation des autorités et des communautés.
« Comme service technique de l’environnement, nous faisons des alertes pour la protection de la population en cas de catastrophe naturelle. Nous sensibilisons également les autorités locales sur la prise de décision, notamment sur le respect des normes de construction et la plantation des arbres aux abords des rivières et du lac. L’environnement est une affaire de tout le monde, tous doivent s’impliquer », affirme-t-il.»
Pour éviter que les communautés ne subissent une nouvelle catastrophe, plusieurs actions prioritaires apparaissent donc nécessaires : le curage régulier des rivières, ravins et caniveaux, l’amélioration des systèmes d’alerte précoce, l’identification et la sécurisation des zones à haut risque, le respect des normes de construction, la sensibilisation des populations ainsi que la mise en place de plans communautaires d’évacuation.
La protection des zones riveraines et la plantation d’arbres peuvent également contribuer à limiter l’érosion et le ruissellement des eaux. Les autorités et les services techniques sont ainsi appelés à renforcer leur accompagnement des communautés, particulièrement celles qui disposent de peu de moyens pour se préparer seules.
À Uvira, où plusieurs familles ont déjà été victimes des inondations, l’enjeu est désormais de passer d’une réponse essentiellement basée sur l’assistance après catastrophe à une véritable culture de prévention et d’anticipation.
La préparation avant l’arrivée des fortes pluies pourrait ainsi permettre de sauver des vies, protéger les biens des ménages et réduire considérablement les déplacements forcés des familles vivant dans les zones exposées.
Article réalisé dans le cadre du programme Habari za Mahali, exécuté par le consortium UNPC-UFMP-COMEL, avec l’appui financier de Benevolencija.

