Uvira, Sud-Kivu: La pollution par les déchets plastiques atteint un niveau préoccupant dans la ville d’Uvira, où elle ne constitue plus seulement un problème d’assainissement. Elle est désormais un facteur aggravant des inondations, un risque majeur pour la santé publique et un frein au développement durable. Dans plusieurs quartiers de la ville, les bouteilles en plastique, sachets, canettes et autres emballages jonchent les rues, obstruent les caniveaux et se retrouvent dans les rivières. À chaque épisode de fortes pluies, ces déchets empêchent l’écoulement normal des eaux, provoquant des débordements qui exposent des milliers de ménages aux inondations et à leurs conséquences.
Pour les acteurs environnementaux et sanitaires, cette situation exige une réponse collective combinant prévention, sensibilisation et développement de solutions durables de gestion des déchets. Robert Mayani, membre de la Brigade d’assainissement, estime que la responsabilité incombe à l’ensemble de la communauté.
« Les gens jettent les immondices un peu partout. Les bouteilles en plastique, les sachets, les canettes et d’autres déchets finissent dans les rues et dans les caniveaux. Lorsque les pluies arrivent, ces déchets bouchent les voies d’évacuation des eaux, provoquant des débordements et des inondations », explique-t-il.
Selon lui, les quartiers situés sur les hauteurs de la ville disposent rarement d’un système efficace de gestion des déchets. Sous l’effet des pluies, les détritus sont entraînés vers les quartiers en contrebas, où ils aggravent les risques d’inondation. Il rappelle que les inondations ayant touché le quartier Kasenga en 2020 continuent d’affecter les populations.
« Lors des inondations, des maisons sont détruites, des familles sont contraintes d’abandonner leurs habitations et passent parfois plusieurs nuits à la belle étoile. Les inondations qui ont frappé le quartier Kasenga en 2020 continuent de produire leurs effets jusqu’à aujourd’hui », souligne-t-il. Au-delà des pertes matérielles, les spécialistes alertent sur les conséquences sanitaires de cette pollution.
Le médecin Jaime Saidi, médecin-chef de zone, explique que les eaux stagnantes provoquées par l’obstruction des caniveaux favorisent la propagation de maladies.
« Toute eau stagnante présente un danger. Elle favorise les maladies d’origine hydrique comme le choléra, mais également la prolifération des moustiques responsables du paludisme », indique-t-il.
Concernant la prise en charge des cas de choléra, il précise que les structures sanitaires assurent les premiers soins avant d’orienter les patients vers les centres spécialisés.« À Uvira, les cas de choléra sont référés vers les centres de traitement installés à l’Hôpital général, à Kalundu, à Makobola et à Kirungu », précise-t-il.
Le médecin met également en garde contre l’incinération des déchets plastiques, une pratique encore fréquente dans plusieurs ménages. « La fumée dégagée par la combustion des plastiques contribue à la pollution de l’air et participe aux émissions de gaz à effet de serre. Même si notre ville ne possède pas de grandes industries, cette pratique représente un risque pour la santé et pour l’environnement », avertit-il.
Pour Willy Kyamba, les déchets plastiques représentent également une opportunité économique encore insuffisamment exploitée.
Il constate que de nombreuses femmes et plusieurs jeunes récupèrent déjà des bouteilles et autres emballages plastiques pour les réutiliser, afin de conserver de l’eau, de l’huile, du lait ou d’autres produits. Toutefois, il souligne l’importance du respect des règles d’hygiène, car la réutilisation sans nettoyage approprié peut présenter des risques sanitaires.
Il attribue les difficultés du développement d’une véritable économie circulaire au manque de moyens techniques et financiers. Selon lui, avec un appui financier et technique des organisations et entreprises locales, les déchets plastiques pourraient être transformés en produits utiles et générer des emplois pour la communauté.
Enfin, il appelle les autorités locales, la société civile et les partenaires au développement à renforcer leur collaboration pour organiser un système efficace de collecte, de tri et de recyclage. À Uvira, où les inondations sont aggravées par les changements climatiques et l’urbanisation, une gestion efficace des déchets plastiques est désormais une priorité de santé publique, de prévention des catastrophes et de protection de l’environnement, tout en favorisant la création d’emplois et la résilience des populations.
Article rédigé dans le cadre du projet Habari Za Mahali, financé par La Benevolencija et mis en œuvre à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.

