À Uvira, dans la partie sud de la province du Sud-Kivu, à lest de la République démocratique du Congo, de nombreuses familles tentent de reconstruire leur vie après plusieurs mois de déplacement forcé.
Parmi elles, les anciens locataires figurent parmi les plus vulnérables. Contraints de fuir les violences avec peu ou pas de biens, plusieurs retournés affirment, dans une interview accordée ce vendredi 24 avril à notre rédaction, être revenus sans ressources, confrontés à une réalité économique et sociale particulièrement précaire.
Dans plusieurs quartiers de la ville, ces ménages expliquent avoir tout perdu, tant lors de la fuite que durant leur séjour dans les zones de refuge, notamment au Burundi. Biens pillés, maisons abandonnées ou détruites, économies épuisées pour survivre : le retour à Uvira seffectue dans des conditions extrêmement difficiles, sans garantie de retrouver un logement décent.
« Les amis avec lesquels nous étions au Burundi ont avoué rencontrer de sérieux problèmes. Leurs bailleurs les appelaient sans cesse et ont fini par sortir leurs biens des maisons alors quils étaient encore dans les sites de déplacés », confie un habitant.
Comme lui, de nombreux retournés vivent la même situation, contraints de sendetter pour se reloger.
Un déplacé de guerre récemment rentré témoigne également : « Quand jétais au Burundi, mon principal problème était le paiement du loyer. Je navais pas les moyens, cest pourquoi je suis revenu pour tenter de trouver de quoi régulariser ma situation avec mon bailleur. »
Face à cette crise silencieuse, les organisations humanitaires sont appelées à adapter leurs réponses. Plusieurs acteurs locaux plaident pour lintégration dun appui spécifique au logement dans les programmes de relèvement économique.
Parmi les pistes évoquées, lassistance en espèces pour le paiement des loyers apparaît comme une solution immédiate pour faciliter la réinstallation.
Selon Emmanuel Abedi, coordonnateur urbain du mouvement citoyen Machozi ya Rahiya, la situation est préoccupante :
« Les dettes de loyer accumulées pendant la fuite, le manque demploi et dépargne exposent les retournés à lexpulsion, à lexploitation, voire au travail forcé. Cest une menace sérieuse pour nos compatriotes qui reviennent au pays. Beaucoup sont incapables de payer plusieurs mois darriérés, ce qui a poussé certains bailleurs à attribuer leurs maisons à dautres locataires. »
Il appelle ainsi à plus de compréhension et de solidarité de la part des propriétaires envers les retournés, afin de leur permettre de se relever.
De son côté, Mapenzi Manyebwa, coordonnateur de la Dynamique de la Société Civile pour le Développement Durable, insiste sur la nécessité dun accompagnement global :
« Un retourné locataire doit reconstruire sa vie dans un contexte où tous ses biens ont été détruits. Il est essentiel que le gouvernement, les organisations humanitaires et la communauté apportent un appui social, économique et même médical. Une assistance en cash peut jouer un rôle clé dans leur réintégration. »
Il propose également la mise en place de mécanismes de médiation entre propriétaires et locataires, afin dencourager des arrangements flexibles, comme des paiements échelonnés ou des loyers adaptés aux capacités financières des ménages.
Par ailleurs, le soutien aux activités génératrices de revenus, combiné à un accompagnement au logement, pourrait permettre aux retournés de retrouver progressivement leur autonomie.
Malgré les difficultés, ces familles gardent lespoir de reconstruire leur vie. Pour elles, laccès à un logement stable ne représente pas seulement un toit, mais une étape essentielle vers la dignité, la réintégration sociale et un avenir plus serein.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par la Benevolencija et exécuté par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.

