Fizi, Sud-Kivu: Ces derniers jours, des rumeurs alarmantes circulent sur les réseaux sociaux, évoquant un supposé rapatriement massif de plus de 100 000 personnes identifiées comme des citoyens d’un pays étranger vers la République démocratique du Congo, en particulier dans les territoires du Nord-Kivu.
Accompagnées de propos haineux et de discours alarmistes, ces publications non vérifiées sèment la confusion et ravivent les tensions communautaires dans une région déjà fragilisée. À Fizi comme à Uvira, dans le sud du Sud-Kivu, ces rumeurs sont devenues le carburant de vifs échanges sur les plateformes sociales, souvent teintés de discours de haine et de rejet. Dans une zone où les blessures des conflits passés sont encore vives, la désinformation représente un réel danger pour la paix et la cohésion sociale.
Selon une source basée à Goma, qui a requis l’anonymat, les images largement relayées pour illustrer ces allégations ne représentent pas des congolais rapatriés, comme le prétendent certains messages viraux. En réalité, il s’agit de réfugiés rwandais ayant été officiellement rapatriés par la grande barrière de Goma, dans le cadre d’une opération coordonnée, couverte par la presse.
Ces précisions confirment l’existence d’une manipulation de l’information, visant à attiser les divisions dans une région où les tensions ethniques peuvent rapidement dégénérer. Dans un tel contexte, la désinformation devient une arme silencieuse, mais redoutable.
Pour Bani Bibenga Georges, analyste indépendant et coordinateur de l’organisation INIREC, cette période exige plus que jamais un sursaut collectif en faveur de la paix, de la tolérance et de l’unité. « Ce n’est pas le moment de nous diviser, de propager des messages de haine ou de nourrir la suspicion.
Nos communautés doivent s’unir, dialoguer et cultiver la tolérance mutuelle pour affronter les défis humanitaires et sécuritaires actuels », a-t-il insisté. Il rappelle que la cohésion sociale est une construction collective, fragile mais essentielle. Les messages de haine, les soupçons infondés et les récits falsifiés ne font que compromettre les efforts de stabilisation dans des zones comme la partie sud du Sud-Kivu, où le tissu social est déjà fortement éprouvé.
Dans un monde connecté, les réseaux sociaux représentent à la fois une opportunité de communication rapide et un terrain fertile pour la désinformation. Georges appelle les utilisateurs de ces plateformes à adopter une attitude responsable: « Avant de partager un message, posons-nous la question de sa véracité et de son impact.
Un simple clic peut détruire des ponts de confiance entre communautés. » Le partage de fausses informations n’est pas anodin : il alimente l’hostilité, encourage les actes discriminatoires et peut, dans les cas extrêmes, déclencher des violences communautaires.
Dans le cadre de la campagne Vrai ou Faux exécutée par la corporation des médias en ligne d’Uvira, Fizi et Mwenga « COMEL » et SYMUF avec l’appui de la Benevolencija, la « COMEL » réitère son engagement de faire l’éducation aux médias, former les citoyens, en particulier les jeunes, à l’analyse critique des contenus numériques.
De renforcer le dialogue communautaire, de créer et soutenir des espaces d’échange entre groupes ethniques et sociaux ainsi que de promouvoir la veille citoyenne contre la désinformation et d’encourager les leaders locaux, les journalistes et les activistes à vérifier et corriger publiquement les fausses nouvelles.

