Forum sur la réconciliation et la paix à Bukavu : l’Accord de Doha confronté aux urgences humanitaires et psychosociales

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La deuxième journée du Forum d’échanges sur la réconciliation et la paix au Sud-Kivu a été consacrée aux enjeux humanitaires et psychosociaux, convenus par les participant(e)s comme des conditions indispensables à la mise en œuvre effective de l’Accord-cadre de Doha du 15 novembre 2025.

Les discussions ont mis en évidence deux priorités majeures : la réouverture effective des couloirs humanitaires et le renforcement de la prise en charge psychosociale des victimes des conflits armés. Pour les intervenants, ces dimensions ne relèvent pas de l’humanitaire d’urgence uniquement, mais constituent des fondements essentiels pour toute dynamique crédible de paix et de réconciliation.

Les participant(e)s ont rappelé que les populations les plus affectées par la crise sécuritaire vivent souvent dans des zones enclavées, difficilement accessibles, où l’assistance humanitaire reste limitée, voire inexistante. Face à cette réalité, des efforts sont engagés pour améliorer l’accompagnement psychosocial des victimes. À ce jour, au moins cinq centres thérapeutiques sont opérationnels, offrant un soutien aux personnes profondément affectées par les violences et les déplacements forcés.

Le Forum a également insisté sur la nécessité pour toutes les parties au conflit de respecter les infrastructures sanitaires et humanitaires, conformément aux principes du droit international humanitaire. La protection des structures de santé, du personnel soignant et des bénéficiaires a été présentée comme un signal fort de bonne foi dans la mise en œuvre de l’Accord de Doha.

Par ailleurs, l’identification des victimes et la documentation des violations ont été soulignées comme des étapes clés pour toute démarche de justice, de réparation et de réconciliation. À ce titre, le Rapport Mapping des Nations Unies, qui couvre la période 1993 à 2003, a occupé une place importante dans les échanges. Les participant(e)s ont rappelé qu’il s’agit à ce jour du seul rapport de référence de cette ampleur, et qu’aucun rapport bis n’a été produit depuis, malgré la poursuite des violences dans l’est de la RDC.

Si le Rapport Mapping documente de manière détaillée la nature et l’ampleur des crimes commis durant cette période, l’absence de publication des noms des auteurs présume que cela continuera d’alimenter le débat. Cette prudence, ont rappelé certains intervenants, s’explique par la crainte que la divulgation immédiate de ces identités ne ravive les tensions ou n’entraîne des représailles, dans un contexte sécuritaire encore fragile.

En conclusion, les échanges de cette deuxième journée ont mis en lumière une conviction partagée : sans accès humanitaire sécurisé, sans accompagnement psychosocial durable et sans mécanismes progressifs de justice et de responsabilité, la paix reste fragile. Pour le(s) participant(e(s), l’Accord de Doha ne pourra produire des effets durables que s’il se traduit par des actions concrètes sur le terrain, répondant directement aux besoins et aux attentes des victimes.

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