Procès Lumbala : Témoignages choc sur le pillage, la torture et les viols

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PARIS, France: – Du 24 au 28 novembre 2025, le procès de Roger Lumbala, ancien chef du RCD-N, a basculé dans l’horreur des faits, alors que l’accusé et sa défense brillaient par leur absence. Durant cinq jours, le tribunal a entendu le flot ininterrompu de témoignages des parties civiles individuelles, révélant la brutalité d’un système de guerre basé sur le pillage, le contrôle des diamants et la terreur.


Chaîne de commandement et économie de la violence (Lundi 24 & Mardi 25 Nov.)

La semaine a débuté par l’éclairage de la structure du RCD-N. Un ancien agent de renseignement a confirmé l’origine du mouvement et l’influence de l’Ouganda dans la transmission des ordres. Il a directement impliqué Lumbala dans les discussions stratégiques avec Jean-Pierre Bemba, le général Amuli et le général Ndima.

Le témoin interne a révélé que le pillage était le mode de rémunération des troupes à Isiro, établissant d’emblée l’économie du conflit.Les parties civiles ont rapidement confirmé cette mécanique :

  • C.M., ancien chef de secteur, a décrit l’installation du RCD-N avec le soutien des UPDF ougandais et la mainmise sur l’exploitation des diamants. Il a évoqué des exécutions sommaires par un général ougandais, des disparitions et les tortures qu’il a subies, notamment la fosse de « Mabusu ».
  • Le pasteur D.N. a décrit le système de taxation arbitraire imposé par Lumbala, qui a conduit au meurtre de son propre frère, ainsi qu’à sa propre détention et torture.
  • B.A., qui tentait de vendre des diamants hors du réseau de Lumbala, a été passé à tabac et dépouillé par des soldats, confirmant le contrôle total exercé par Lumbala avec l’appui ougandais et des combattants du MLC.

Des enfants témoins, des menaces constantes

Le tribunal a entendu des récits particulièrement éprouvants. D.U., à peine adolescent à l’époque, vit aujourd’hui sous protection en raison de menaces. Il a décrit la torture subie, une blessure par balle après avoir été forcé de guider des militaires (sous commandement de Lumbala, selon lui) vers une mine, et avoir assisté à des exécutions publiques en présence de l’accusé.

Plusieurs témoins, dont C.M., D.U., D.N. et B.A., ont d’ailleurs confié à la Cour avoir reçu des menaces en amont ou en raison de leur participation au procès, illustrant les pressions extrêmes exercées sur les parties civiles. Un ancien cadre du RCD-N dont les déclarations ont été lues a lui-même été agressé à Paris.


L’horreur de l’opération « effacer le tableau » (Mercredi 26 & Jeudi 27 Nov.)

L’opération militaire « Effacer le tableau » a dominé les auditions du milieu de semaine, révélant une violence ciblée et extrême.

  • P.Y., chef traditionnel Bambuti, a décrit l’attaque contre sa communauté, incluant le viol collectif de sa sœur enceinte (décédée de ses blessures) et le viol de sa tante.
  • M.O. et A.M. ont témoigné de l’enlèvement de femmes, du transport forcé de munitions et des coups de fouet infligés. M.O. a raconté le meurtre de son frère et du pasteur R., et a mentionné deux visites de Roger Lumbala à Epulu (livraison de munitions par hélicoptère et meeting public).
  • V.R. a raconté la fuite constante, le meurtre de son père, le pasteur R., et a confirmé le meeting de Lumbala.

Témoignages à huis clos : Conséquences durables

Plusieurs parties civiles ont été entendues à huis clos au cours de ces trois jours, leurs récits étant centrés sur les violences sexuelles subies. Une victime a témoigné avoir été violée publiquement à deux reprises, exprimant la honte et la colère qu’elle ressent encore aujourd’hui. Ces témoignages ont mis en lumière les conséquences physiques, psychologiques et socio-économiques durables des attaques d’Epulu.


Lumbala négatif : Le dossier contredit les dénégations

En fin de journée, la Cour a procédé à la lecture des déclarations de Roger Lumbala lors de l’enquête. L’accusé nie tout rôle direct dans le commandement ou les exactions, affirmant que le contrôle des troupes était celui de Jean-Pierre Bemba et qu’il était absent lors des opérations et des crimes.

Cependant, la Cour a versé au dossier des éléments qui contredisent cette position, notamment :

  • Les déclarations de témoins confirmant l’arrivée du MLC pour renforcer le RCD-N à Isiro.
  • Des témoignages décrivant des crimes graves (exécutions publiques, mutilations, persécution des Nande).
  • Des articles de presse de l’époque qui désignait systématiquement le RCD-N comme un groupe armé.

Face aux allégations selon lesquelles les ONG manipuleraient les témoignages, la partie civile W.M. a fermement réfuté les accusations de subornation, décrivant clairement des interactions strictement accompagnatrices et non directives avec les organisations de soutien.

Le procès se poursuivra la semaine prochaine pour tenter d’établir la vérité et la responsabilité derrière ces récits d’une brutalité implacable.


Source:TRIAL International,

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