Parmi les provinces les plus touchées par les flambées épidémiques, le Sud-Kivu peine encore à convaincre une partie de sa population d’adhérer à la vaccination. Entre désinformation, croyances religieuses, méfiance historique et communication insuffisante, la lutte contre des maladies telles que le Mpox, la rougeole et la poliomyélite reste un défi majeur.
Au cours des derniers mois, plusieurs zones de santé du Sud-Kivu ont rapporté l’augmentation des cas de Mpox (Monkeypox) et de rougeole, tandis que les campagnes de rattrapage contre la polio, … se poursuivent difficilement.
Les autorités sanitaires rappellent que : la rougeole figure encore parmi les principales causes d’hospitalisation pédiatrique, le Mpox continue de toucher des couches vulnérables, la polio demeure une menace en raison des mouvements transfrontaliers.
La division provinciale de la santé a rapporté à la 40ème semaines épidémiologique la province a frôlé le cap de 10 milles cas de Mpox. Les zones de santés à haut risque elles-mêmes ont enregistrés 40 pourcents des cas souligne la DPS.
Abordant des cas de la rougeole, la zone de santé de Bunyakiri dans le territoire de Kalehe a rapporté le 12 septembre 2025 que trois (3)cas de rougeoles sont enregistrés par jour dans chaque centre de santé du groupement de Ziralo au sud-Kivu.
Pourtant, malgré les données alarmantes, une résistance persistante s’observe au sein de plusieurs communautés.
Dans les villages comme dans certains quartiers urbains, les équipes de vaccination décrivent des scènes répétitives : portes closes, enfants cachés, rumeurs, refus catégoriques, voire hostilité ouverte.
Plusieurs habitants associent encore les vaccins à des effets secondaires graves, à la stérilité ou à des intentions politiques malveillantes.
Une mère de famille rencontrée à Miti-Murhesa confie : « Nous avons entendu dire que le vaccin contre Mpox est trop nouveau. On ne sait pas ce qu’il cause après. »
«Ce qui me fait peur, ce sont toutes ces rumeurs. J’ai entendu des gens dire que ça rend stérile, ou que ça va nous mettre une puce pour nous contrôler. On ne sait plus qui croire. Quand la panique a commencé dans les écoles, je suis allée chercher mes enfants, parce que je ne voulais pas qu’on leur fasse quelque chose sans mon accord.
Nous avons tellement de problèmes ici à Bukavu : l’insécurité, le manque d’eau, le choléra… On dirait que les campagnes de vaccination sont plus importantes pour le gouvernement que pour notre vie de tous les jours. Je préfère faire confiance aux plantes de chez nous et à Dieu. Je ne suis pas sûre que ce vaccin soit fait pour nous aider vraiment. On nous force, on ne nous explique pas bien. C’est pour ça que je refuse, pour l’instant, Déclare madame Imani 33 ans »
Pour la société civile locale, la résistance populaire est le signe d’un malaise plus profond entre les communautés et le système de santé.
Shamikolo Kitwembili Bertin, acteur de la société civile de Bagira, alerte : « … Les populations se sentent exclues des décisions les concernant. Elles n’ont pas suffisamment d’information sur le vaccin. Elles n’ont pas confiance quand les campagnes arrivent brusquement sans explication. Nous demandons une communication plus transparente et en amont. Mais aussi une accessibilité aux structures sanitaires, »
Il souligne également le rôle néfaste de certaines pages Facebook et groupes WhatsApp qui diffusent des informations erronées sur les vaccins.
Les experts affirment que les vaccins utilisés dans la province suivent les normes internationales.
Selon Robert KAUMULA spécialiste en santé publique : « Nous nous rassurons que nous avons des superviseurs dans toutes les zones en utilisant les canaux de communication disponibles, nous faisons des plaidoyer auprès des autorités politico administratives et des leaders communautaires pour que la communauté adhère aux activités. Nous adaptons les stratégies aux différentes zones selon les contraintes de chacune. Les vaccins administrés, qu’il s’agisse de ceux contre la rougeole, la polio ou le Mpox, sont sûrs et validés. Les effets secondaires sont faibles comparés aux complications graves des maladies. La désinformation reste notre plus grand ennemi »
Le ministère de la Santé reconnaît les défis mais appelle à l’engagement communautaire. Il affirme être conscient des difficultés rencontrées dans certaines zones de santé.
Dr Pacques Masemo Mujinga superviseur provincial au près du Programme Elargi de vaccination PEV explique «Le ministère de la Santé reconnaît qu’il existe un problème de réticence et de rejet de la vaccination dans plusieurs zones du Sud-Kivu. Ce rejet est lié à plusieurs facteurs : rumeurs, fausses croyances, manque d’information, influence religieuse, faible sensibilisation et contexte sécuritaire
Pour lutter contre ce rejet le ministère utilise plusieurs stratégies : renforcer la communication communautaire, impliquer les leaders locaux, mener des sensibilisations porte-à-porte, former le personnel de santé, organiser une supervision rapprochée dans les zones résistantes et tenir des dialogues communautaires pour répondre aux inquiétudes de la population.Mais la population doit aussi jouer son rôle. On ne peut pas contrôler les épidémies sans vaccination »
Le ministère insiste sur la nécessité d’étendre les stratégies avancées et les séances mobiles pour atteindre les villages éloignés.
Outre les rumeurs, les contraintes du quotidien influencent également le taux de couverture vaccinale
Pour inverser la tendance, Les acteurs consensuels recommandent : un renforcement de la communication communautaire avec un langage adapté ; la mobilisation systématique des leaders religieux et coutumiers ; des campagnes transparentes, précédées de séances de dialogue social ;la lutte active contre la désinformation numérique ;des stratégies mobiles pour atteindre les villages éloignés ;la formation continue des agents de santé en communication de crise.
Face à la recrudescence du Mpox, de la rougeole et d’autres maladies évitables, la lutte ne pourra être gagnée qu’en reconstruisant la confiance entre les communautés, les structures sanitaires et les autorités publiques.
Sans cet engagement collectif, les épidémies continueront de menacer la santé des enfants et des familles de la province.
Sé/Henriette Sifa

