Depuis plus de trois mois, la ville d’Uvira fait face à une multiplication d’arrestations arbitraires et sans procès, plongeant de nombreuses familles dans la détresse.
Selon plusieurs sources locales, certaines arrestations seraient menées par certains Wazalendo souvent dans le but d’obtenir des rançons auprès des familles des détenus. Mapenzi Manyebwa, coordinateur de la synergie des sociétés civiles et mouvements citoyens d’Uvira, dénonce des arrestations effectuées sans respect des procédures juridiques, où des citoyens paient des amendes sans qu’aucune logique judiciaire ne soit suivie.
De son côté, Me François Igilima rappelle que toute arrestation doit respecter un cadre légal précis, aussi bien en matière civile que militaire. Il explique qu’après cinq jours de détention, le magistrat doit saisir le juge afin de régulariser la détention à travers un mandat d’arrêt provisoire. Il souligne également la différence entre justice civile et militaire, cette dernière permettant des délais de détention plus longs avant comparution devant un juge.
Ce défenseur judiciaire précise que seuls certains services sont habilités à détenir des personnes : le parquet civil ou militaire, la police judiciaire, ainsi que, dans des limites précises, l’ANR et le Bureau du renseignement militaire.
Pour le journaliste et Directeur de la radio Uvira FM Kibumba Lubunga Donat, les rumeurs aggravent la situation sécuritaire actuelle à Uvira.
Selon lui, des accusations sans preuves sont parfois utilisées pour régler des conflits personnels, conduisant à des arrestations injustes capables de détruire des vies. Il appelle à la vérification des informations avant leur diffusion et à une sensibilisation renforcée par les leaders communautaires et les médias.
Madame Sereine Sogoti, psychologue clinicienne et coordinatrice de la clinique CCAP Asbl, estime que ces arrestations fragilisent profondément les familles. Elle souligne leurs conséquences psychologiques et sociales : traumatismes, dépression, violences conjugales, exposition des enfants aux VBG et risque accru de mariages précoces en raison de la perte des revenus familiaux.
Elle plaide pour un accompagnement psychosocial, des mécanismes de protection communautaire ainsi qu’un système de cash d’urgence afin de soutenir les familles touchées et prévenir leur effondrement social.
Cette situation relance enfin le débat sur la nécessité d’une reprise effective des activités des cours et tribunaux à Uvira, récemment affectée par l’occupation de la ville par ’AFC/M23.
Article rédigé dans le cadre du projet Habari za Mahali, financé par La Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.

