À Uvira, les personnes vivant avec des troubles mentaux traversent une période particulièrement difficile sur les plans sanitaire et sécuritaire. Cette situation s’avère très inquiétante pour la ville d’Uvira en raison des perturbations dans la continuité des traitements et du contexte d’insécurité grandissante que traverse la ville.
Alors que la crise humanitaire continue d’affecter les communautés, la question de la prise en charge psychiatrique reste préoccupante. Combien de structures psychiatriques fonctionnent encore à Uvira, et disposent-elles encore de médicaments suffisants pour répondre aux besoins des patients ? Dans ce contexte, la stigmatisation des personnes souffrant de troubles mentaux semble également s’accentuer.
Selon Sereine Sogoti, psychologue clinicienne, la crise sécuritaire renforce les préjugés contre les malades mentaux en les exposant davantage à l’insécurité. « Oui, les malades mentaux sont accusés d’être des espions dans notre communauté, surtout dans cette situation de crise que traverse notre ville d’Uvira », explique-t-elle. Elle cite notamment le cas de certaines personnes qui déambulent dans les rues et dont le comportement calme ou inhabituel est parfois interprété à tort comme une collecte d’informations pour un camp adverse, alors qu’il s’agit de personnes en souffrance nécessitant un accompagnement.
La psychologue attire également l’attention sur les violences spécifiques subies par les femmes, les jeunes filles et les enfants vivant avec un handicap mental. « Les violences sexuelles restent parmi les abus les plus fréquents », précise-t-elle, ajoutant que certains garçons souffrant de troubles mentaux sont également victimes d’agressions physiques. Sereine Sogoti, appelle les acteurs humanitaires ainsi que l’Etat congolais à accorder une attention particulière à cette catégorie souvent oubliée.
De son côté, Maître Elie Kingombe estime que les conséquences psychologiques de la guerre sont profondes au sein de la population. « On dit souvent que la guerre crée seulement des morts, pourtant elle produit aussi des personnes brisées », explique-t-il. Selon lui, les viols, les massacres et les déplacements forcés laissent des traumatismes durables chez les victimes, provoquant des dépressions, des psychoses et des stress post-traumatiques.
A cela s’ajoute parfois le rejet social dont certaines victimes font l’objet dans leurs communautés. Pour Elie Kingombe, les structures capables d’assurer une prise en charge psychologique restent insuffisantes à Uvira. Il cite notamment le centre SOZAME, qu’il considère comme l’une des rares structures intervenant dans ce domaine malgré un nombre limité de psychologues face à l’ampleur des besoins.
Dans cette ville marquée par des années de violences et de déplacements, plusieurs habitants vivent désormais dans une peur permanente. Selon le maître Elie Kingombe, même des bruits ordinaires provoquent parfois des réactions de panique au sein de la population, signe d’un traumatisme collectif encore très présent.
Dans cette situation profondément marquée par les violences, plusieurs habitants vivent encore sous le poids du traumatisme. Pour de nombreux observateurs, renforcer la santé mentale et améliorer la protection des personnes souffrant de troubles psychiatriques devient aujourd’hui une urgence humanitaire à part entière.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI financé par la Benevolencija et exécuté par le Consortium UNPC, COMEL et UFMP.
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