À Uvira, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les personnes vivant avec handicap font face à de multiples difficultés. Aux problèmes de mobilité et d’accès aux services essentiels s’ajoutent les préjugés, la marginalisation et les discriminations, une situation qui suscite des inquiétudes quant au respect de leur dignité, de leurs droits et à leur pleine inclusion dans la société.
Dans les rues, les marchés, les établissements scolaires et certains services publics, l’absence d’aménagements adaptés, notamment de rampes d’accès et d’infrastructures accessibles, constitue un obstacle important à la mobilité et à la participation des personnes à mobilité réduite à la vie communautaire. À ces difficultés matérielles s’ajoute le regard parfois dévalorisant d’une partie de la société. Certaines personnes vivant avec handicap affirment être marginalisées, humiliées ou considérées comme incapables de contribuer au développement de leur communauté.
À Sange, dans la plaine de la Ruzizi, en territoire d’Uvira, les personnes vivant avec handicap témoignent de conditions de vie difficiles et appellent les autorités, les communautés ainsi que les organisations humanitaires à renforcer les actions en faveur de leur inclusion. « Nous vivons une vie très difficile car nous sommes écartés dans plusieurs choses. Par exemple, dans l’employabilité, les personnes vivant avec handicap sont totalement écartées. Nous sommes aussi délaissés par nos familles, voire même nos communautés. Nous sommes également écartés dans la scolarisation et parfois victimes des humiliations », témoigne Faradja Ernest, une personne vivant avec handicap à Sange.
Il demande notamment aux autorités compétentes et aux organisations de mettre à leur disposition des centres d’apprentissage des métiers et de faciliter l’accès à l’éducation.
Pour Elia Philanthrope, représentant des personnes vivant avec handicap dans la ville d’Uvira, plusieurs facteurs expliquent les discriminations dont cette catégorie de la population est victime. Il cite notamment certaines croyances coutumières, les stéréotypes et le manque d’instruction. « Les principales causes de la discrimination sont nombreuses. Il y a d’abord certaines coutumes qui pensent qu’avoir un enfant handicapé dans une famille est une malédiction. Il y a aussi le stéréotype. Les gens ont mis dans leurs têtes que les personnes handicapées ne peuvent rien », explique-t-il.
Il relève toutefois des avancées sur le plan juridique en RDC, avec l’existence aujourd’hui d’instruments destinés à protéger les droits des personnes vivant avec handicap. Selon lui, le manque d’accès à l’éducation reste néanmoins un facteur important de leur marginalisation.
Pour Elia Philanthrope, une partie de la société congolaise peine encore à reconnaître les capacités des personnes vivant avec handicap. Il estime pourtant qu’elles sont capables de travailler, d’être autonomes et de contribuer au développement de leur communauté.
La discrimination entraîne plusieurs conséquences, notamment sur l’autonomie et la participation sociale. Elia Philanthrope évoque entre autres le recours à la mendicité, l’analphabétisme et les difficultés d’accès au mariage.Selon lui, certaines personnes vivant avec handicap se retrouvent dans la mendicité parce qu’elles n’ont pas été suffisamment considérées dans la société. Le manque d’accès à l’instruction les maintient également dans l’analphabétisme.
Pour lutter contre la stigmatisation, Elia Philanthrope estime que la sensibilisation doit commencer au sein des familles avant de s’étendre à l’ensemble de la communauté. Les médias, notamment les radios, les télévisions et les réseaux sociaux, ont également un rôle à jouer. Face à ces défis, Emmanuel Abedi, coordonnateur urbain du mouvement citoyen Machozi ya Rahiya, insiste sur la nécessité de mieux prendre en compte les personnes vivant avec handicap dans les programmes humanitaires et de développement.
Parmi les pistes évoquées figurent l’adaptation des infrastructures publiques, une meilleure identification des besoins spécifiques des personnes vivant avec handicap, leur participation à la conception et à la mise en œuvre des projets, ainsi que le renforcement des mécanismes de protection et d’assistance inclusive.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par la Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.

