La localisation de l’aide humanitaire est aujourd’hui au cœur des réflexions sur l’amélioration de la réponse aux crises à Uvira. Alors que plusieurs organisations interviennent auprès des populations affectées par les conflits, les déplacements et les catastrophes, de nombreuses voix estiment que les acteurs locaux devraient être davantage impliqués dans la conception, la mise en œuvre et la gestion des interventions humanitaires.
Dans plusieurs quartiers et villages de la région, les communautés reconnaissent avoir bénéficié d’une assistance en vivres et en biens non alimentaires. Toutefois, elles estiment que cette aide reste insuffisante face à l’ampleur des besoins.
Une femme cheffe de ménage, rencontrée à Kiliba, explique que de nombreuses familles vulnérables continuent d’être exclues des programmes d’assistance: « Nous avons déjà reçu des aides humanitaires en vivres et en biens non alimentaires, mais ces aides restent insuffisantes. Toutes les victimes n’ont pas bénéficié d’une assistance et plusieurs besoins essentiels ne sont toujours pas couverts », témoigne-t-elle.
Au-delà de la couverture des besoins, les communautés souhaitent que les interventions soient davantage adaptées aux réalités locales et qu’elles soient mises en œuvre avec une plus grande participation des organisations communautaires.
Les organisations locales, de leur côté, affirment être des acteurs incontournables grâce à leur proximité avec les populations. Elles soulignent néanmoins qu’elles continuent de faire face à plusieurs contraintes, notamment le manque de financements directs, le faible renforcement de leurs capacités et leur implication limitée dans certaines prises de décision.
Pour Willy Seremba, coordonnateur adjoint de l’organisation CRIPAD, la localisation de l’aide humanitaire demeure encore largement théorique dans la ville et territoire d’Uvira en particulier, dans l’ensemble du Sud-Kivu en général.
« La localisation n’est pas encore effective à Uvira ni au Sud-Kivu. Les organisations humanitaires internationales viennent mettre en œuvre elles-mêmes les projets financés, alors que l’esprit de la localisation voudrait qu’elles travaillent en partenariat avec les organisations locales afin d’obtenir des impacts plus positifs et plus durables auprès des communautés », explique-t-il.
Selon lui, un transfert progressif des responsabilités, accompagné d’un accès plus direct aux financements, permettrait aux organisations nationales de jouer pleinement leur rôle dans la réponse humanitaire.
De son côté, Mapenzi Manyebwa, coordonnateur de l’organisation Ubuntu Grands Lacs, insiste sur la nécessité de renforcer la collaboration entre tous les acteurs impliqués dans l’action humanitaire.
« Les organisations humanitaires doivent communiquer davantage et associer les autorités locales, les organisations communautaires ainsi que les structures de base. Les projets doivent être gérés efficacement, avec transparence et honnêteté dans l’utilisation des financements », souligne-t-il.
Il encourage également les organisations locales à diversifier leurs stratégies de mobilisation des ressources: « Les organisations locales devraient investir davantage dans la communication numérique afin d’améliorer leur visibilité et d’accéder à davantage d’opportunités de financement. Surtout, les interventions humanitaires doivent répondre aux besoins réels exprimés par les communautés », ajoute-t-il.
Plusieurs acteurs humanitaires estiment qu’une localisation effective de l’aide permettrait de renforcer l’efficacité des interventions, d’améliorer la redevabilité envers les bénéficiaires et d’assurer une meilleure durabilité des projets. Ils appellent ainsi les bailleurs de fonds et les organisations internationales à accorder une place plus importante aux organisations locales dans la planification, le financement et la mise en œuvre des actions humanitaires.
Article est rédigé dans le cadre du programme Habari za Mahali, mis en œuvre par le consortium UNPC–COMEL–UFMP, avec l’appui financier de La Benevolencija.

