Cette ville située au bord du lac Tanganyika, dans le sud-est de la République Démocratique du Congo, est actuellement plongée dans une crise sans précédent.
Depuis le début des affrontements violents entre les milices Wazalendo et les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), la situation sécuritaire et judiciaire de la ville a été gravement perturbée.
Aujourd’hui, Uvira se trouve sans justice, ce qui pèse lourdement sur la vie quotidienne de ses habitants et fragilise davantage l’autorité de l’État.
Les combats entre les Wazalendo, une milice locale soutenant le gouvernement, et les FARDC ont détruit une grande partie des infrastructures essentielles de la ville, y compris celles du système judiciaire. Les tribunaux, prisons et autres institutions de justice ont été gravement endommagés ou détruits, laissant la population sans recours légal.
Aujourd’hui, aucune institution judiciaire n’est opérationnelle à Uvira. Les citoyens sont confrontés à une absence totale d’organismes capables de juger les affaires civiles ou criminelles, ce qui mène à une situation où la loi est soit inexistante, soit rétablie de manière informelle par des groupes locaux.
La prison centrale d’Uvira, l’une des principales institutions judiciaires, a également été impactée par les affrontements. Les prisonniers ont réussi à s’évader pendant les combats, provoquant un afflux de criminels en liberté. En liberté, ces individus ont non seulement échappé à la justice, mais se sont aussi engagés dans des actes de vol et de violence, aggravant la situation déjà précaire de la ville.
De plus, les arrêtés ou les auteurs d’autres crimes n’ont aucune voie d’être jugés ou punis, faute de places dans les prisons ou de personnel judiciaire pour prendre en charge les affaires.
Dans l’absence de solutions légales formelles, une justice populaire a pris place à Uvira. La population, désemparée et face à l’impossibilité d’attendre un jugement officiel, prend les choses en main, souvent en infligeant des châtiments violents à ceux qu’elle juge coupables. Cela a alimenté un cercle vicieux de violence et d’impunité, qui menace la cohésion sociale et aggrave les divisions au sein de la communauté.
La situation sécuritaire d’Uvira est encore plus inquiétante en raison de l’absence de la police, qui a été forcée de fuir la ville pendant les affrontements et de se réfugier au Burundi. La police, ainsi rapatriée, ne joue plus son rôle de maintien de l’ordre à Uvira, laissant un vide sécuritaire.
Actuellement, les militaires assurent une faible partie de la sécurité, mais la majorité du contrôle de la ville repose sur les milices Wazalendo. Ces milices, bien qu’étant pro-gouvernementales, ne possèdent pas les prérogatives légales pour imposer la loi, créant une situation où les groupes armés imposent leurs propres règles,souvent en dehors du cadre légal.
Un membre de la société civile d’Uvira, qui a préféré garder l’anonymat, a exprimé des préoccupations profondes concernant l’impact de cette situation sur l’autorité de l’État. Selon lui, la vacuité des institutions judiciaires, combinée à l’absence des forces de l’ordre, laisse la population à la merci de forces non étatiques, fragilisant l’État de droit.
L’absence de la police et la destruction des infrastructures judiciaires font qu’il est quasiment impossible d’obtenir justice », at-il déclaré.
D’après une source proche des autorités judiciaires, il est quasi impossible pour les institutions judiciaires de fonctionner dans une ville où la police est absente et où la sécurité est, en grande partie, assurée par des milices. Cette situation d’exception rend encore plus difficile la reprise des activités judiciaires normales.
Les autorités compétentes n’ont pas les moyens d’assurer la justice de manière ordonnée et sécurisée, et les tribunaux sont restés fermés ou inutilisables. Tant que cette crise perdure, la justice populaire risque de devenir la norme, avec toutes les conséquences sociales et humaines que cela comporte s’inquiète un défenseur judiciaire d’Uvira.
Uvira se trouve dans une impasse judiciaire, où la sécurité est menacée et la justice est inexistante. Les habitants vivent dans l’incertitude, sans espoir d’une résolution rapide de leurs problèmes judiciaires. Cette situation appelle à une intervention urgente de la part du gouvernement central et de la communauté internationale pour rétablir l’ordre et permettre à la justice de reprendre ses fonctions dans la ville.

