PARIS/RDC :La fin des audiences du procès de l’ancien chef de guerre congolais Roger Lumbala a été marquée par des témoignages accablants, des contradictions saisissantes et un réquisitoire final réclamant la peine maximale pour complicité de crimes contre l’humanité et participation à la planification de l’opération « Effacer le tableau » en 2002-2003 en RDC.
Les dernières journées de ce procès historique, tenu en l’absence de l’accusé qui conteste la compétence de la justice française, ont permis d’établir la cohérence d’une stratégie de violences extrêmes et de prédation des ressources indique les informations parvenues à Kivutimes par TRIAL International.
L’accusé : Assurance sans culpabilité
Dès le début des audiences, l’expertise du psychiatre, le Docteur Daniel Zagury, a rappelé que Roger Lumbala, examiné en 2021, était un homme « calme et cohérent, sans pathologie ni altération du discernement ». Malgré les charges, Lumbala maintient un discours ferme et assuré, niant toute implication personnelle et replaçant les exactions dans un contexte de lutte armée au service, selon lui, des intérêts de la population.
Vagues de témoignages d’horreur
Les parties civiles, venues de Bafwasende, Epulu et Mandima, ont livré des récits convergents des violences exercées par les troupes du RCD-N (Rassemblement Congolais pour la Démocratie Nationale), dirigé par Lumbala.Il s’agit notamment de :
- Pillage systématique, extorsions de biens, travaux forcés et exécutions sommaires ont été relatés à Bafwasende. L’arrestation et le transfert par hélicoptère du chef local ont notamment été décrits.
- À Epulu, l’arrivée des « Effacers » en 2002 a été caractérisée par des violences sexuelles, le pillage et l’extorsion de vivres. Un témoin a affirmé avoir vu Lumbala tenir un discours public distribuant des vivres peu après l’occupation.
- Des parties civiles ont évoqué la perte de proches abattus et, dans un témoignage glaçant, le viol public d’une adolescente à Mandima.
- Un chef de localité a décrit des tortures à la braise pendant sa détention et des viols de femmes détenues.
Défense contradictoire et trophées de guerre
Les témoins de la défense ont apporté un éclairage sur l’organisation interne et le système de taxation minière mis en place par le RCD-N pour financer l’administration et les déplacements de Lumbala.
Toutefois, ces témoignages ont révélé des contradictions :
- Un journaliste congolais, entendu pour la défense, dont les articles de 2001-2003 traçaient l’implantation du RCD-N, a été contredit par ses propres publications de 2022 sur les réseaux sociaux, où il décrivait Lumbala comme un « seigneur de guerre » impliqué dans l’opération « Effacer le tableau ».
- Robert Ombilingo, ancien Secrétaire aux Finances du RCD-N, a nié toute connaissance d’exactions. Il a cependant fait une révélation troublante : il a confirmé avoir vu des soldats arriver à Isiro avec des organes génitaux mutilés utilisés comme trophées, sous les ordres du colonel Widy Ramses.
Les plaidoiries : Les victimes au centre
Les avocats des parties civiles ont insisté sur le caractère systématique des violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre pour briser les communautés, et sur le rôle central de l’exploitation des ressources naturelles (notamment le diamant) dans le conflit.
Me Bectarte a rappelé le principe de compétence universelle de la justice française, tandis que d’autres avocats ont souligné les risques encourus par les victimes, l’une d’entre elles ayant dû obtenir le statut de réfugié suite à son témoignage. Les avocats ont unanimement soutenu la responsabilité de Lumbala en tant que dirigeant ayant autorisé et bénéficié de ces crimes.
Réquisition de la réclusion criminelle à perpétuité
Dans son réquisitoire final, le ministère public a rappelé que l’objectif était d’établir la responsabilité pénale individuelle de Lumbala, soulignant que son absence ne remet pas en cause l’équité du procès.
Le Parquet a soutenu que l’opération « Effacer le tableau » s’inscrivait dans une attaque généralisée et systématique contre la population civile. Il a affirmé que Lumbala exerçait une autorité effective sur les troupes, jouant un rôle central dans la logistique de cette opération par le biais de la taxation et du pillage des ressources minières.
Le ministère public a requis la condamnation de Roger Lumbala pour :
- Complicité de crimes contre l’humanité (par provocation, aide ou assistance et abstention coupable).
- Participation à une entente en vue de commettre des crimes contre l’humanité (en lien avec son alliance stratégique avec Jean-Pierre Bemba).
Compte tenu de la gravité des faits (viols, tortures, exécutions sommaires ciblant notamment les communautés Nande et Bambuti) et de la personnalité de l’accusé, le Parquet a requis la réclusion criminelle à perpétuité, ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français.
Les jurés devront désormais répondre aux questions qui leur sont soumises pour contribuer à l’établissement d’une vérité judiciaire tant attendue par les victimes.

