Face à la faim, le cri de détresse des mères et des soignants contre la malnutrition

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À Uvira et dans ses environs, la flambée des prix des denrées alimentaires aggrave la vulnérabilité des ménages et expose particulièrement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes à la malnutrition. Dans les marchés comme dans les centres de santé, mères de famille et soignants lancent un cri d’alarme face à une crise qui dépasse désormais le seul cadre sanitaire.

À Uvira, dans la province du Sud-Kivu, se nourrir correctement relève de plus en plus du défi quotidien. La hausse des prix des produits de première nécessité, combinée à la faiblesse des revenus des ménages, contraint de nombreuses familles à réduire la quantité et surtout la qualité de leur alimentation. Pour les plus pauvres, remplir les assiettes est devenu une priorité qui relègue la diversité nutritionnelle au second plan.

Au marché, les difficultés économiques se mesurent directement dans les paniers des familles. Jeanne, habitante d’Uvira, explique que son ménage doit parfois fonctionner avec seulement 5 000 francs congolais pour toute une journée. « L’argent est rare, alors que les prix ne cessent de grimper. On est contraint d’acheter juste ce qui correspond à nos faibles moyens, même si ce n’est pas nutritif », témoigne-t-elle.

Cette situation limite fortement l’accès des enfants aux aliments riches en vitamines et en nutriments essentiels. Blandine, une autre mère de famille, décrit une réalité similaire. Avec un budget réduit, son choix se porte souvent sur les aliments les moins coûteux, notamment les petits poissons séchés. « L’essentiel est que les enfants mangent et aient le ventre plein, mais ces aliments ne suffisent pas à préserver leur santé », déplore-t-elle.

Pour elle, la réponse passe notamment par des mesures permettant de réduire la pression exercée par la hausse des prix. Elle appelle les autorités à agir afin de rendre les denrées alimentaires plus accessibles aux familles à faibles revenus. Dans la périphérie d’Uvira, notamment à Kiliba, les conséquences de cette précarité alimentaire sont visibles dans les structures sanitaires.
Nelson Busime, infirmier titulaire du Centre de Santé Suki État de Kiliba, décrit des signes de malnutrition particulièrement préoccupants chez les enfants de moins de cinq ans.

Décoloration et fragilisation des cheveux, faible poids par rapport à la taille et à l’âge figurent parmi les signes observés par les soignants. Les femmes enceintes sont également exposées. Selon le professionnel de santé, certaines présentent des indices de masse corporelle particulièrement faibles, signe d’une situation nutritionnelle préoccupante qui peut avoir des conséquences aussi bien pour la mère que pour l’enfant à naître.
Face à cette situation, les professionnels insistent sur l’importance de la prévention. L’allaitement maternel exclusif durant les six premiers mois constitue une mesure essentielle, avant l’introduction progressive d’une alimentation complémentaire diversifiée et adaptée aux besoins de l’enfant.

Mais les recommandations sanitaires se heurtent à une réalité économique difficile : lorsqu’un ménage peine à acheter suffisamment de nourriture, diversifier l’alimentation devient un objectif difficile à atteindre.
Pour Zawadi Binti Issa, actrice humanitaire active à Uvira, la crise nécessite une réponse coordonnée qui associe santé, nutrition, protection sociale et sécurité alimentaire. Elle plaide d’abord pour l’intensification du dépistage communautaire afin d’identifier rapidement les enfants et les femmes enceintes exposés à la malnutrition. Elle insiste également sur la nécessité d’assurer un approvisionnement régulier des centres de santé en intrants nutritionnels et en médicaments essentiels.

Mais l’urgence médicale ne peut, selon elle, être dissociée des causes économiques de la crise. Le soutien aux petits commerçants, la relance de l’agriculture familiale et l’amélioration de l’accès des ménages à des aliments nutritifs constituent des leviers indispensables pour réduire durablement la vulnérabilité. À Uvira et dans ses environs, la malnutrition apparaît ainsi comme le résultat d’un enchaînement de vulnérabilités : hausse des prix, faibles revenus, accès limité à une alimentation diversifiée et capacités insuffisantes des ménages à faire face aux chocs économiques.
Pour les mères, le dilemme est souvent brutal : acheter davantage pour calmer la faim ou privilégier des aliments nutritifs mais plus coûteux. Pour les soignants, chaque enfant malnutri rappelle que la prévention sanitaire ne peut être dissociée des conditions de vie des familles. La réponse doit donc être à la hauteur de la complexité du problème. Les autorités doivent agir sur l’accessibilité des produits alimentaires et la résilience économique des ménages, tandis que les acteurs humanitaires et sanitaires doivent renforcer le dépistage, la prise en charge et la prévention de la malnutrition.

Article réalisé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par la Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.

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